Transcription

 

Nor’Wester (1859), le 26 octobre 1869 (page 1)

 

L’insurrection des Métis français

La route aux mains des rebelles

« Ce que nous avons attendu si longtemps est finalement arrivé. Depuis le début des dernières négociations en vue du transfert de ce Territoire au Dominion du Canada, quelques individus, qui se complaisent sans aucun doute à manquer de loyauté à la Reine et à détester le Dominion et tous ceux qui lui sont attachés, ont fait tous leurs efforts pour créer parmi ce peuple une atmosphère d’opposition au transfert proposé. Du côté des personnes de langue anglaise, leurs efforts n’ont rencontré aucun succès, car celles-ci peuvent lire et comprennent mieux les différents aspects de la question que ne s’y attendaient les individus qui tentaient de détourner leur loyauté et de manipuler leur bon sens. Ayant ainsi échoué, ces dits individus se sont tournés vers nos confrères les colons français et, dès qu’une occasion se présentait et qu’ils trouvaient une oreille attentive, ils en ont profité pour leur servir une quantité inconcevable de balivernes et un tissu de mensonges. Leurs principales déclarations trompeuses portaient sur le système canadien d’imposition et, parmi leurs mensonges les plus importants, ils affirmaient que le nouveau gouvernement avait l’intention de priver immédiatement les Français de leurs terres et de leurs propriétés de famille. Comme ces affirmations venaient d’hommes qui semblaient avoir une certaine importance parmi nous, il n’est pas surprenant qu’elles aient fait leur chemin parmi certains Français, qui les ont crues et ont décidé d’agir. Ces hommes, croyant que les individus qui les avaient ainsi renseignés leur avaient dit la vérité par amitié et bonne volonté, ont bien naturellement résolu de résister à de telles atteintes à leurs droits. Sans qu’ils aient essayé de déterminer si ce qu’on leur avait dit était vrai, ils se sont monté la tête considérablement depuis que nous avons reçu la nouvelle concernant les négociations et la vente des droits de la Compagnie. Toutes sortes de rumeurs différentes circulent au sujet de leurs intentions en la matière, mais étant donné que nombre de ces rumeurs semblent trop incroyables, nous avons décidé d’attendre tranquillement pour voir comment se terminerait l’affaire, en nous fiant au bon sens inné dont ils ne manqueraient pas de faire preuve une fois qu’ils réfléchiraient calmement à la question.

La semaine avant-dernière, ils ont envoyé des émissaires parmi les résidents de langue anglaise qui vivent plus bas, le long de la rivière Rouge. Nous nous sommes rendus là juste après et avons découvert qu’ils n’avaient pas rencontré une seule personne sympathisante au cours de toutes leurs pérégrinations. Une rumeur a alors commencé à courir comme quoi les Français avaient l’intention d’arrêter le gouverneur McDougall alors qu’il se dirigerait vers la colonie depuis Pembina, et de l’empêcher totalement d’entrer, à moins qu’il n’accède à une longue liste d’exigences, dont la plupart sont trop absurdes pour qu’on y songe et dont certaines ne relèvent pas de son pouvoir. Cette rumeur, si sérieuse en apparence, n’a pas fait beaucoup de bruit car on ne la croyait pas. Cependant, vendredi dernier, nous avons reçu des nouvelles dont il n’est point possible de douter. Ce jour-là, les autorités ont été informées, au moyen d’une déclaration sous serment, que les Français avaient déjà pris les armes et étaient sur la route, entre la rivière Sale et Pembina, et que ceux d’entre eux qui participaient à l’insurrection prenaient toutes sortes de précautions pour intercepter Monsieur McDougall sur son chemin. Ils étaient très bien organisés et connaissaient assez bien la discipline militaire pour envoyer des éclaireurs vers tous les chemins d’accès à la colonie à partir du sud, et pour poster des sentinelles pendant la nuit. »