Les Métis formaient la majorité des habitants permanents de la colonie de la Rivière-Rouge. Par conséquent, il était « normal » pour ces personnes d’avoir des antécédents familiaux qui leur permettaient de s’identifier de diverses façons — plus que par la seule combinaison d’« Européen » et d’« Indien ». Les termes utilisés par les gens pour se décrire eux-mêmes dépendaient probablement de la langue qu’ils parlaient généralement ainsi que du contexte de l’autodescription.

À la Rivière-Rouge en 1869–1870, lorsqu’ils parlaient anglais, la plupart des Métis préféraient apparemment s’appeler Native et Native-born (autochtone). Le terme Half-breed (Sang-Mêlé) était utilisé au XIXe siècle dans les documents gouvernementaux de langue anglaise. Les habitants de la colonie de la Rivière-Rouge l’utilisaient parfois entre eux ou encore de façon ironique avec les gens de l’extérieur.[i]

Lorsqu’ils parlaient français, ils s’appelaient les « Métis », ce terme figurant dans les documents de langue française (bien que le nom ait parfois eu des connotations négatives, il est maintenant honorable).[ii] Écrit en français, le mot Métis portait normalement l’accent approprié. De temps en temps, l’accent manquait dans les documents et articles de journaux de langue française publiés à la Rivière-Rouge — essentiellement en raison du manque de caractères nécessaires sur les presses à imprimer.[iii]

S’il parlait michif, le Métis s’identifiait parfois comme Michif et s’il parlait bungee, il s’identifiait peut-être comme Bungee.[iv] En Amérique du Nord, il existait des centaines de communautés autochtones, chacune ayant sa propre façon de s’identifier en fonction de ses coutumes culturelles, de sa langue et de son dialecte. Pour ne citer que quelques exemples : lorsqu’elles conversaient, les personnes d’origine mixte autochtone et non Nord-Américaine qui se réclamaient de cet héritage, s’identifiaient parfois des façons suivantes pour se distinguer de parents ou membres du groupe qui ne partageaient pas cet héritage :

  • ᐊᐱᐦᑕᐃᐧᑯᓯᓴᐣ — également épelé Apihtohkosan/Apihtawikosisan/Âpihtawikosisân/Abittawokosian/Apeetogosan/Apitow Coosan (Cousin/Cousine), terme qui sous-entendait à l’origine un « demi-parent » en cri (la langue couramment utilisée dans l’Ouest pour le commerce).[v]
  • Aiabitawisid/Aiabitawisidjig (au pluriel), signifiant « un homme ou une femme half-breed (Sang-Mêlé) ».[vi]
  • Ootipayimisoo/Otepaymsuak/Otipimisiwak/Otipemisiwak, signifiant their own boss (leurs propres patrons)/the people who own themselves (ceux qui n’appartenaient qu’à eux-mêmes)/Free people/Gens de libre/Hommes Libres.[vii]
  • Akpayeća, signifiant « être plus clair que sa propre couleur, comme un enfant qui foncera … mulâtre » (trad.).[viii]
  • —Wissakodewikwe, signifiant « femme half-breed, (ou d’origine moitié blanche et moitié indienne); half-burnt-wood-woman (femme moitié bois-brûlé) ».
  • Wissakodewinini, signifiant « homme half-breed, moitié homme blanc et moitié indien, (issu d’un père blanc et d’une mère indienne, ou vice versa); half-burnt-wood-man (homme moitié bois-brûlé)/Woodsman (homme des bois)/Bois Brule ».[ix]

[i] Au fur et à mesure du XIXe siècle, les enfants issus de familles ayant des liens à la fois avec les Premières Nations et avec des étrangers d’outre-mer étaient de plus en plus décrits par les personnes extérieures à ces familles en des termes aux connotations raciales, qui, en fait, soulignaient leur statut pas tout à fait anglais. Voir Gwen Reimer et Jean-Philippe Chartrand, dans “A Historical Profile of the James Bay Area’s Mixed European-Indian or Mixed European-Inuit Community,” rédigé pour le ministère de la Justice du Canada (14 mars 2005),  xii. Gwen Reimer et Jean-Philippe Chartrand, “Documenting Historic Métis in Ontario,” Ethnohistory 51, no 3 (été 2004), xii, 571–574. Ministère des Colonies de la Grande-Bretagne, Papers relating to the Red River Settlement viz. return to an address from the Honourable House of Commons to His Royal Highness The Prince Regent, dated 24th June, 1819 ([London: s.n., 1819]), 2, 7. L’expression Country-born, c’est-à-dire Autochtone (né d’un père anglo-protestant et d’une mère amérindienne), est devenue assez populaire parmi les historiens du Canada après une étude de John E. Foster, “The Country-Born in the Red River Settlement, 1820-1850," thèse de doctorat (Edmonton : University of Alberta, 1973), même si elle ne semble pas avoir été particulièrement populaire parmi les Métis de la Rivière-Rouge en 1869–1870. Foster mentionne (page 4 n. 4) un cas d’utilisation de cette expression par un membre du clergé non-Métis en 1857. De même, l’expression mixed-blood (sang mêlé) ne semble pas avoir été souvent employée par les Métis (si même elle l’a été), bien qu’elle ait été utilisée par d’autres à l’époque. Voir A. Ramsey “The Winnipeg Revolution,” dans le New Nation (4 mars 1870), 1.

[ii] Selon certains historiens du Canada, Half-breed était un terme utilisé pour les Anglophones et Métis s’appliquait aux Francophones. Cela est incorrect. Half-breed et Métis étaient des synonymes. En anglais, on marquait l’affiliation culturelle ou économique en parlant de English Half-breed ou de French Half-breed (ou encore Scottish, Swiss, Sioux, etc.). En français, on faisait la même chose en parlant de Métis français, de Métis anglais, de Métis écossais etc. Bien entendu, les personnes bilingues (ou multilingues) pouvaient passer d’une langue à l’autre et, dans ce cas, le terme Half-breed pouvait s’insérer dans une phrase complètement française (et vice versa, avec le terme Métis dans une phrase totalement anglaise).

[iii]Voir l’avis publié dans le New Nation (15 avril 1870), à New Nation 15 avr., dans le site Provisional Government of Assiniboia.

[v] Voir Edwin Arthur Watkins, éd., A dictionary of the Cree language, as spoken by the Indians of the Hudson’s Bay Company’s territories (London: Society for Promoting Christian Knowledge, 1865), 130, 189. Le terme est à présent considéré comme synonyme de Half-breed/Métis. Voir « Métis », Word search, Nehiyaw Masinahikan Online Cree Dictionary, http://www.creedictionary.com/search/?q=metis&scope=0&submitButton.x=26&submitButton.y=10; Gérard Beaudet, Cree-English, English-Cree Dictionary: Nehiyawe Mina Akayasimo-Akayasimo-Mina Nehiyawe-Ayamiwini-Masinahigan (Winnipeg: Wurez Publishing, 1995), 193, 336. Voir aussi Yvonne Boyer, “First Nations, Métis and Inuit Health and the Law,” 10; Brenda Macdougall, One of the Family: Metis Culture in Nineteenth-Century Northwestern Saskatchewan (Vancouver: UBC Press, 2010), 8, sur le « sens » de wahkotoowin.

[vi] Voir Baraga, Dictionary of the Otchipwe Language, 16.

[vii] Watkins, Dictionary of the Cree Language; Beaudet, Cree-English, English-Cree Dictionary, 127.