a) Transport

En 1869–1870, la plupart des déplacements à la Rivière-Rouge s’effectuaient sur les cours d’eau, comme c’était le cas depuis le début. Les rivières permettaient à la colonie d’être reliée au « plus grand réseau intérieur navigable [commercial] que le monde ait jamais vu ».[i] Les colons utilisaient des canots, des voiliers et des traversiers pour communiquer avec leurs voisins de paroisses éloignées de la colonie et de localités encore plus lointaines – dans la Terre de Rupert, au Canada et aux États-Unis. Grâce aux voies navigables, et quelques portions accessibles par voie terrestre, ils étaient reliés à la baie d’Hudson, à l’océan Atlantique, à l’océan Pacifique et au golfe du Mexique.[ii]

La Rivière-Rouge avait aussi adopté le bateau à vapeur comme moyen de transport. Le premier bateau à vapeur américain à accoster à Upper Fort Garry fut le Ansom Northrup en 1858. En 1862 l’International effectua le trajet et, à partir de 1869, il se déplaça régulièrement entre le Fort Garry et le Fort Abercrombie dans le territoire dakota, aux É.-U., pour transporter des passagers et des marchandises après la fonte du printemps et avant la prise des glaces en automne.[iii]

Pour le transport terrestre, les colons utilisaient le cheval et le traîneau en hiver ainsi que la « carriole » tirée par des chiens. En été, en plus des chevaux, des charrettes et des chariots personnels des colons, des convois de charrettes à boeufs transportaient les marchandises en provenance et à destination de localités américaines comme Fort Abercrombie, ainsi que St. Cloud et St. Paul au Minnesota.[iv]

Dans ces localités américaines, les voyageurs en provenance de la Rivière-Rouge avaient accès au réseau ferroviaire récemment construit et en expansion constante, et ils pouvaient se rendre dans les ports américains, de New York à la Nouvelle-Orléans et à San Francisco, ainsi que dans les villes et les ports de la nouvelle Puissance du Canada.

b) Communication écrite

Les journaux locaux étaient un moyen de communication de masse relativement nouveau à la Rivière-Rouge en 1870. Selon l’historien Gerald Friesen, « la façon de communiquer d’une société forge les idées populaires que l’on se fait sur le fonctionnement du monde ».[v] (trad.) La communication orale – dialogues entre voisins, tête à tête – avait traditionnellement façonné la société de la Rivière-Rouge. D’ailleurs, on a souvent dit de la colonie qu’elle n’était que commérage. Or, la communication écrite existait depuis longtemps dans la colonie et pouvait fournir des sujets de conversation à ses habitants.

Les gens écrivaient des notes et des lettres pour communiquer d’une paroisse à une autre. Ils correspondaient avec des amis, de la parenté et des marchands qui habitaient même encore plus loin — dans des postes de traite partout dans la Terre de Rupert et le Nord-Ouest, ainsi que du Labrador à la colonie de Colombie-Britannique. Les lettres se rendaient au sud de la frontière avec les États-Unis (et les réponses parcouraient le chemin inverse). Elles étaient échangées entre le Canada et d’autres colonies britanniques à l’Est, et les Îles britanniques.

Du matériel de lecture, depuis les livres jusqu’aux journaux, arrivait à la Rivière-Rouge depuis au moins les années 1820 et informait les résidents de la colonie sur le reste du monde. Ce n’était pas tout le monde dans la colonie qui pouvait lire (ou écrire). Cependant, les habitants avaient le temps et le désir de socialiser, et notamment d’organiser des séances où les alphabètes lisaient pour le plaisir des autres (et aussi rédigeaient des lettres en leur nom).

À compter des années 1860, les habitants de la Rivière-Rouge sont parvenus à s’informer sur « le fonctionnement du monde » ailleurs et à d’autres époques, par d’autres moyens que les médias imprimés venus de l’extérieur. En décembre 1859, l’arrivée d’une presse à journaux à la Rivière-Rouge signifia qu’ils pouvaient rendre la pareille, c’est-à-dire s’informer mutuellement et informer le monde extérieur sur eux-mêmes, leurs activités et leurs valeurs – au moyen de la presse écrite.

En 1869–1870, la presse de la Rivière-Rouge s’efforça d’informer les colons sur un grand nombre de sujets : les rouages du monde politique et les répercussions qu’il pouvait avoir sur eux; l’état de leur société et la façon dont elle pouvait être renforcée. Grâce au journal local, les colons prirent conscience de la capacité de « la presse » à faire « du bruit » et peut-être à façonner les idées des gens à l’autre bout du monde — au moment où le New Nation argumentait dans ses pages sur des opinions exprimées dans les journaux canadiens quant à la façon de parvenir à l’union avec le Canada.

Pour employer le vocabulaire du XXIe siècle afin de décrire le phénomène qui se produisit en 1869-1870 : dans les principaux « médias sociaux » de l’époque, la Rivière-Rouge était un « sujet à la mode ».

Autre ressource en ligne (en anglais) :

— Red River Newspaper Chronology and the men who ‘made’ the news (journaux de la Rivière-Rouge et hommes ayant « fait » les manchettes)[vi]

Avant et après l’époque de la confédération, les journaux étaient courants dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique et dans les provinces de la Puissance du Canada; par conséquent, ils constituent une riche source d’informations historiques. Auparavant, les historiens se rendaient aux archives pour lire les journaux et, en ce qui concerne la confédération, les journaux les plus souvent consultés étaient ceux qui étaient publiés en Ontario et au Québec. D’autres collections de journaux sont actuellement numérisées pour pouvoir être consultées en ligne.

Ressource en ligne (en anglais) :

—Les pages numérisées du journal New Nation de 1869–1870 (ainsi que d’autres journaux historiques du Manitoba) peuvent être consultées (en anglais) sur le site Web de Manitobia, http://manitobia.ca/. Il n’y a pas d’index pour les articles mais le site possède une fonction de recherche à partir de mots.

—Le site Provisional Government of Assiniboia indique brièvement le contenu d’articles regroupés par date de publication.

[i] E.S. Russenholt, The Heart of the Continent: Being a History of Assiniboia — the truly typical Canadian community (Winnipeg: MacFarlane Communications Services, 1968), 50.

[ii] Selon Harry Baker Brehaut, “The Red River Cart and Trails: The Fur Trade,” MHS Transactions sér. 3, n28 (saison 1971–1972), http://www.mhs.mb.ca/docs/transactions/3/redrivercart.shtml, « La principale route de la Compagnie de la Baie d’Hudson allait de York Factory à Norway House et longeait le lac Winnipeg jusqu’à la Rivière-Rouge. Elle suivait la rive est du lac jusqu’aux « Narrows », et reprenait sur la rive ouest jusqu’à la Rivière-Rouge ». (trad.)

[iii] Molly McFadden, “Steamboating on the Red,” MHS Transactions sér. 3 (saison 1950-1951), http://www.mhs.mb.ca/docs/transactions/3/steamboating.shtml.

[v] Gerald Friesen, Citizens and Nation: An Essay on History, Communication, and Canada (Toronto: University of Toronto Press, 2000), http://books.google.ca/books?id=VaxFBfo5LUkC&lpg=PP1&pg=PT17#v=onepage&q&f=false.