La géographie et l’histoire sont étroitement, voire inextricablement, liées. À certains égards, la géographie est plus tangible : comme indices visuels du lien entre le passé et le présent, les cartes peuvent parfois faire croire que l’histoire est plus directement pertinente que les écrits, et sur une période de temps beaucoup plus courte. On comprend souvent immédiatement l’information codée sur une carte alors que l’explication d’un même point sous forme écrite exige parfois le renvoi compliqué à des détails.[i]

Les cartes suivantes fournissent un bref historique de l’évolution géographique du Canada, en tant que possession coloniale de l’Empire britannique, avant et après la confédération, jusqu’en 1870. Ce qu’elles indiquent clairement, c’est que, jusqu’à cette année-là, la limite ouest de la frontière canadienne n’a jamais été située à moins de 700 km (à vol d’oiseau) de la colonie de la Rivière-Rouge. La distance en ligne droite séparant les gouvernements de Upper Fort Garry et d’Ottawa était de 2 078 km.

a) étendue géographique avant la confédération de 1867 :

Avant 1763, le Canada était une possession coloniale de l’Ancien Régime de France.

Ressource en ligne (en anglais) :

Carte montrant l’étendue du territoire français jusqu’en 1763[ii]

En 1763, la Nouvelle-France a été cédée à la Grande-Bretagne en vertu du Traité de Paris après la « première guerre à l’échelle mondiale », c’est-à dire la Guerre de Sept ans.[iii] À l’époque de la Guerre de Sept ans, le « Canada » était le nom d’une colonie française, en Nouvelle-France, qui s’étendait jusqu’au fleuve Saint-Laurent. La Nouvelle-France incluait aussi l’Acadie, la Louisiane et les « côtes françaises » de Terre-Neuve. Le Canada était la plus développée parmi ces colonies et il était composé de trois districts administrés séparément : Québec, Trois-Rivières et Montréal. Dans l’historiographie du Canada, on fait souvent référence à « la Conquête » pour parler de l’acquisition de la Nouvelle-France par la Grande-Bretagne. En vertu d’une proclamation du roi George III, en 1763, le Canada est devenu la Province of Quebec.[iv]

Ressource en ligne :

Carte montrant les frontières après la Proclamation royale de 1763[v]

L’Acte de Québec de 1774 agrandit le territoire de la province de Québec pour inclure la vallée de l’Ohio et la région des Grands Lacs.[vi]

Ressource en ligne (en anglais) :

Carte de la province de Québec élargie, en 1774[vii]

Après la guerre d’indépendance américaine, pendant laquelle treize colonies refusèrent de se soumettre à l’autorité coloniale britannique, l’étendue des possessions britanniques en Amérique du Nord changea de nouveau.

Ressource en ligne (en anglais) :

Carte de l’Amérique du Nord après le Traité de Paris, 1782[viii]

À l’adoption de l’Acte constitutionnel de 1791 (Constitution Act), les colonies britanniques en Amérique du Nord furent de nouveau réorganisées.[ix] La province de Québec était essentiellement divisée en deux colonies distinctes : la province du Bas-Canada (à l’intérieur du Québec actuel — en aval du Saint-Laurent) et la province du Haut-Canada (à l’intérieur de l’Ontario actuel — en amont).

Ressource en ligne :

Carte des Canadas créés en 1791[x]

L’Acte d’Union de 1840 réunifia le Haut et le Bas-Canada en province du Canada, qui resta néanmoins divisée entre le Canada-Est et le Canada-Ouest.

Ressource en ligne :

Carte de l’Amérique du Nord britannique après l’Acte d’Union, 1840[xi]

b) étendue géographique après la confédération de 1867 :

En 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique [AANB] prévoit que « les provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ne formeront qu’une seule et même Puissance (Dominion) sous le nom de Canada ».[xii] Les articles 5 et 6 de l’AANB divisent ensuite la province du Canada en deux, soit la province d’Ontario et la province de Québec.

Ressource en ligne :

Carte du Canada en 1867, Bibliothèque et Archives Canada.

Peu de temps après, un mouvement vit le jour en Nouvelle-Écosse pour sortir de la confédération. Pendant au moins sept ans, la confédération ne fut pas forcément perçue comme un engagement à long terme. Pendant la même période, la nouvelle Puissance du Canada réussit à étendre son territoire vers l’Ouest.[xiii]

Le pays d’Assiniboia entra dans la confédération en 1870 sous le nom de Manitoba. Cela ne se produisit qu’après quelques échanges animés dans la presse, le refus initial de céder la place aux représentants politiques canadiens et la formation d’un gouvernement représentatif et responsable sur l’initiative des habitants de la colonie de la Rivière-Rouge (selon un modèle républicain, c’est-à-dire avec un président, Louis Riel, une assemblé législative élue composée de 28 membres et un conseil exécutif choisi parmi ces membres), autrement dit une liste de conditions – y compris la construction d’une voie ferrée reliant le Manitoba au Canada — que la Puissance du Canada devait accepter.

Ressource en ligne :

Carte du Canada, 1870, Bibliothèque et Archives Canada. Noter le changement géographique depuis 1867.

[i] Voir par exemple, Archer Martin dans The Hudson's Bay Company's land tenures and the occupation of Assiniboia by Lord Selkirk’s Settlers, with a list of grantees under the Earl and the Company (London: William Clowes and Sons, 1898), qui décrit des emplacements dans la colonie, sans l’aide de cartes.

[ii] French Expansion and British Conquests in North America to 1763,” University of Texas Libraries, University of Texas at Austin.

[iii] Voir W.J. Eccles, « Guerre de sept ans », l’Encyclopédie canadienne; "Seven Years' War in Canada," L'Encyclopédie de l'histoire du Québec/The Quebec History Encyclopedia, site Web du Marianopolis College. En 1763, toute la Nouvelle-France fut cédée à la Grande-Bretagne en vertu du Traité de Paris, à l’exception des îles de Saint-Pierre et Miquelon, au large de Terre-Neuve (lieux de pêche). Voir aussi "Treaty of Paris (1763)," L'Encyclopédie de l'histoire du Québec/The Quebec History Encyclopedia, dans le site Web du Marianopolis College.

[iv] William F. Maton, transcription, “The Royal Proclamation October 7, 1763,” Solon Law Archive.

[v] Cartes : 1763.

[vi] Voir William F. Maton, transcription, “The Quebec Act, 1774, 14 George III, c. 83 (U.K.),” Solon Law Archive; “Quebec Act, 1774,” Notre mémoire en ligne.

[vii] “The Quebec Act: Introduction,” Canada: A Country by Consent.

[viii] Atlas historique de l’Empire britannique

[ix] The Constitutional Act, plein texte, Notre mémoire en ligne

[xii] William F. Maton, transcription, The British North America Act (appelée Loi constitutionnelle en 1982), Solon Law Archive.

[xiii] La Colombie-Britannique est entrée dans la Confédération en 1871, surtout en raison des efforts du propriétaire de journal et homme politique Amor de Cosmos (appelé aussi William Alexander Smith, originaire de Nouvelle-Écosse), et en grande partie à cause d’une promesse de liaison ferroviaire avec l’Est. L’Île-du-Prince-Édouard s’est finalement jointe à la Confédération en 1873. Après avoir d’abord envisagé de se joindre aux États-Unis, la colonie fut attiré par le Canada en partie à cause d’une promesse de liaison au continent par traversier et de la la promesse selon laquelle le gouvernement fédéral financerait le chemin de fer sur l’île. Voir “Map of Canada, 1873,” après l’inclusion de l’Î.-P.-É. Terre-Neuve refusa tout d’abord de se joindre à la Confédération (voir “Anti-Confederate Propaganda, 1869,” Morning Chronical, St. John's (29 sept. 1869), et n’y consentit qu’en 1949 avec la promesse de l’expansion de la transcanadienne qui traverserait la province.