Le premier gouvernement provisoire a été officiellement établi le 10 décembre 1869, à l’issue de la Grande Convention (du 16 novembre au 1er décembre 1869), et probablement après que l’on a découvert que la proclamation « royale » annoncée le 1er décembre 1869 par le lieutenant-gouverneur désigné du Canada, William McDougall, était fausse. (Même si la confirmation officielle de l’illégitimité de la proclamation ne fut pas reçue avant le 24 décembre environ, il se peut que la colonie ait eu vent du refus du Canada d’accepter le transfert de territoire le 26 novembre par télégraphe et coursier en l’espace de seulement huit à dix jours — dès le 4 ou le 6 décembre). Selon le journal New Nation, le gouvernement provisoire estimait détenir son statut de facto au 8 décembre 1869; cependant, le journal annonçait également que, le 13e jour des débats de la Grande Convention, William B. O’Donoghue avait déclaré ce qui suit : « Le gouvernement provisoire a été établi le 24 novembre et proclamé le 8 décembre ».[i]

La proclamation illégale et inopportune de McDougall avait en fait mis fin à l’autorité de la CBH (le gouverneur William Mactavish ayant au départ reconnu la légitimité de la proclamation, comme tous les colons de la Rivière-Rouge). Cependant, Mcdougall n’avait pas instauré d’autre système de gouvernance, car il était absent à ce moment-là de la colonie de la Rivière-Rouge et résidait à Pembina aux États-Unis. Le gouverneur Mactavish n’était pas en état d’exercer l’autorité de la CBH, car il était gravement malade et alité. Le Comité National des Métis, stationné à Upper Fort Garry, n’était prêt à autoriser McDougall à pénétrer dans Assiniboia que si celui-ci acceptait de discuter et d’approuver la Liste des droits adoptée par la Convention de vingt-quatre. McDougall refusa de rencontrer quiconque, selon lui, appartenait à un groupe de « rebelles », d’« insurgés » et de « bandits ».[ii] (Même s’il est possible qu’il ait accepté de rencontrer les représentants des paroisses « anglaises », ceux-ci avaient refusé de se rendre au Sud pour le rencontrer à la clôture de la Convention de vingt-quatre — satisfaits, semble-t-il d’« attendre de voir » ce qui allait se passer).

En l’absence apparente de gouvernement, les membres du Parti canadien décidèrent de se charger eux-mêmes de faire la loi. Le 6 décembre 1869, l’arpenteur canadien, John Stoughton Dennis, se proclama lieutenant-colonel de la milice de volontaires canadiens (principalement composée de résidents de la colonie venus du Canada) et gardien de la paix, autorisé à « assaillir, faire feu, abattre, renverser ou enfoncer tout fort, maison, etc. ».[iii] Le Comité National des Métis réagit à « l’anarchie et la confusion » qui régnaient dans la colonie (une situation « sans précédent dans l’histoire de l’Empire britannique »), en déclarant un gouvernement provisoire pour restaurer « la paix et la sécurité publiques », pour éviter « une guerre civile sanglante » et pour « protéger les droits du peuple contre l’invasion ».[iv] Le 7 dévembre 1869, de 45 à 60 membres de la milice furent arrêtés et emprisonnés.[v]

— Autres ressources en ligne :

Prisoners,” dans le site Provisional Government of Assiniboia.

L’arrestation des volontaires canadiens correspond à peu près à l’application de la loi martiale dans la colonie.

Médias connexes

Red River journal of Alexander Begg, 1869-1870

William MacTavish

Affairs on the Red River, VIII – Comments by the Canadian Press (1869)

[i] “Convention at Fort Garry,” New Nation (18 février 1870), 1; voir aussi le 13e jour des débats de la Grande Convention dans le site Provisional Government of Assiniboia.

[ii] William McDougall, “Letter I,” The Red River Rebellion: Eight Letters to Hon. Joseph Howe (Toronto: Hunter, Rose and Company, 1870), 6. William McDougall, lettre à Joseph Howe (8 décembre 1869), dans Report of the Select Committee of the Senate on the subject of Rupert’s Land, Red River and the North-West Territory, together with minutes of evidence (Ottawa: 1870), 87.

[iii] William McDougall, instructions à John Stoughton Dennis, dans Correspondance et documents relatifs aux événements récents survenus dans les territoires du Nord-Ouest (Ottawa: I.B. Taylor, 1870), 109.

[iv] “Enquire Within,” New Nation (17 mai 1870), 2, colonnes 1, 23; “Canada’s Blundering,” New Nation (14 janvier 1870), 2, colonnes 1, 2, 34; “Our Defence,” New Nation (3 mai 1870), 1, colonnes 12. Voir aussi “The Past and Present,” New Nation (22 avril 1870), 2, colonnes 567.

[v] Voir “Prisoners of the Provisional Government,”dans le site Provisional Government of Assiniboia, pour obtenir une liste des volontaires canadiens qui furent arrêtés.