Ce module vise à faire comprendre la réalité culturelle de la colonie de la Rivière-Rouge en 1869–1870. Les recherches révèlent que, pendant cette période, les résidents permanents de la colonie étaient principalement des Métis — autrement dit, ce groupe dominait à la Rivière-Rouge sur le plan de la démographie.

Les recensements sont des sources primaires utilisées pour étudier la composition démographique de la colonie.[i] L’analyse démographique est une façon d’étudier la vie des « gens ordinaires » d’autrefois, c’est-à-dire des personnes sur lesquelles il existe très peu de textes écrits décrivant leur vie.[ii] Les recensements qui compilent des caractéristiques telles que le pays d’origine, la nationalité et la religion sont utiles pour déterminer les influences culturelles d’une population. Les recensements effectués dans la colonie de la Rivière-Rouge sont révélateurs sur ce plan mais ils ont aussi leurs limites. Ils étaient conçus pour des raisons bien précises et donc, ne recensaient pas tout. Dans certains cas, des détails concernant les gens étaient enregistrés dans des catégories ambiguës du genre « autre » et « inconnu ».[iii]

Médias connexes

Sauteaux [Saulteaux] Indians (rabbit skin dresses) opposite Fort Garry.

Panoramic view of Fort Garry, Winnipeg, and St. Boniface, Manitoba.

St. Boniface, Red River Settlement.

Fort Garry and the Steamer "International"

[i] Sur les utilisations des recensements, consulter l’ouvrage de Bruce Curtis, The Politics of Population: State Formation, Statistics, and the Census of Canada, 1840-1875 (Toronto: University of Toronto Press, 2001). Curtis examine le recensement en tant que processus historique étroitement lié à la formation d’un état ou d’une nation et, de ce fait, à un désir marqué de surveiller la population. Il remonte dans l’histoire des recensements canadiens en analysant ceux de 1841/2, 1847/8, 1850/1/2, 1860/1 et 1865/71. Il montre que les populations étaient des propriétés imaginaires susceptibles d’être manipulées à l’aide de statistiques. De même, il explique que l’analyse statistique était un exercice mathématique ayant un aspect également imaginaire. La statistique traduisait – acte subjectif – des sujets réels mais qualitativement ambigus en objets bien définis susceptibles d’être quantifiés. Au XIXe siècle, cette traduction statistique a été réifiée afin d’établir la vérité de façon scientifique. Selon Curtis, la construction sociale est très évidente dans l’adoption du recensement. Dans le passé, on plaçait les êtres humains dans un temps et un espace virtuels pour pouvoir discipliner leurs relations sociales, et on pouvait justifier cette discipline par des données empiriques. Curtis montre qu’il n’y avait rien de neutre ni d’impartial dans la notion de recensement, au Canada du XIXe siècle.

[ii] L’histoire démographique étudie les populations historiques et les processus démographiques à partir des recensements et d’autres données statistiques semblables. Les registres locaux des naissances, des mariages et des décès sont d’autres sources primaires utiles pour la colonie de la Rivière-Rouge. À partir des années 1960, et certainement dans les années 1970, l’histoire démographique (également appelée cliométrie) a trouvé sa place au sein de l’histoire sociale.

[iii] Consulter Census making and census taking at Red River, à la page Red River Censuses du site Provisional Government of Assiniboia.