Mémoire des faits et circonstances se rattachant à l’opposition active faite par les Métis Français de

cet Établissement à la continuation des explorations du gouvernement.

 

Fort Garry, 11 octobre 1869.

Aujourd’hui, vers 2 h. P.M., un messager est arrivé (M. Farmer, porte-chaîne de l’escouade de M. Webb, employé à arpenter la ligne de base ou parallèle de latitude, entre les cantons 6 et 7 à l’est du méridien, pour lequel service cette escouade est partie il y a huit jours), apportant la nouvelle désagréable que les travaux de M. Webb avaient été interrompus par une bande d’environ 18 Métis français, en tête desquels se trouvait un nommé Louis Riel.

M. Webb avait tiré la ligne jusque vers la quatrième section, dans le canton No 7, second rang est, et se trouvait à environ 2 ½ milles de la rivière Rouge lorsque cet événement eut lieu.

Le chef de la bande lui ordonna d’abandonner immédiatement ses travaux et de ne pas pousser la ligne plus loin, et de fait, il le notifia d’avoir à quitter la partie sud de l’Assiniboine, parce qu’ils réclamaient cette partie du pays comme étant la propriété des Métis français, et qu’ils ne voulaient pas permettre au gouvernement canadien d’en faire l’arpentage.

L’on ne vit pas d’armes entre leurs mains, mais comme ils mettaient le pied sur les chaînes et menaçaient d’user de violence si l’on persistait à poursuivre l’arpentage, il devint évident que la persistance à poursuivre les travaux provoquerait une collision, et M. Webb, conformément à des instructions écrites que je lui avais données en prévision d’un pareil événement, discontinua ses travaux; et comme les Métis ne voulurent pas lui permettre de rester campé où il était, il transporta son camp sur le grand chemin, près de la rivière Rouge, en attendant des ordres, après avoir envoyé M. Farmer comme il est dit plus haut.

Je me rendis immédiatement auprès du Dr. Cowan, le principal magistrat de l’Établissement, et après lui avoir exposé les faits, je le priais de se consulter avec le gouverneur, ou avec tout autre magistrat qu’il croirait bon d’appeler, et de prendre les mesures que lui et eux jugeraient nécessaires sous les circonstances.

Je fis en même temps observer au Dr. Cowan que, vu l’indécision qui régnait à l’égard de la tenure des terres par les Métis et les Sauvages, et l’irritation particulière qui existait chez les Métis français à propos de la cession au Canada du territoire et de son gouvernement, je doutais qu’il fût opportun de prendre des mesures de rigueur contre les délinquants dans le cas actuel, mais j’ajoutais que, comme lui et ses collègues magistrats connaissaient mieux que moi le tempérament et l’esprit de la population de l’Établissement en général, je laissais l’affaire entre leurs mains, convaincu qu’ils feraient ce qu’il y aurait de mieux à faire dans les circonstances.

Avant que je n’eusse quitté le Dr. Cowan, il avait été convenu qu’il appellerait un autre magistrat, M. Goulet, et qu’il se consulterait avec lui sur ce qu’il devait faire. »

Correspondance et documents relatifs aux événements récemment survenus dans les Territoires du Nord-Ouest, p.7

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