Extraits du journal de Ritchot, avril 1870

Le 12, mardi, le colonel de Salaberry m’introduisit à l’honorable Secrétaire d’État pour les provinces, Monsieur Joseph Howe, qui se trouvait à son bureau. Je lui dis que nous pourrions entrer en pourparler aussitôt que M. le Juge Black serait arrivé et que j’attendais Monsieur le 14. Ce monsieur me reçut avec politesse.

Le soir du même jour, mardi, le 12, le bruit courut que des warrants [mandats] d’arrestation avaient été levés contre nous à Toronto. En effet, sur les 10 heures du soir M. Scott était arrêté et conduit. Le matin, mercredi, le 13, on me dit que j’allais être arrêté, les esprits étaient très excités. Des amis me dirent que des autorités me priaient de me rendre de moi‑même à la police. Je répondis que n’ayant contrevenu à aucune loi je ne ferais pas un pas sans avoir reçu une notification légale, que cependant si ces amis croyaient que je dusse, pour empêcher une émeute, me rendre en quelque lieu autre que l’Évêché j’accompagnerais volontiers ces messieurs où ils voudraient me conduire sous prétexte d’une promenade.

On alla porter ma réponse aux autorités, qui répondirent que c’était bien, et à 1 h p.m., M. Futvoye, premier secrétaire de M. Cartier, le docteur Beaubien, le Rd [révérend] M. O’connor, Docteur en Théologie, et moi nous nous rendîmes à la Cour, où l’on me présenta mon warrant. Une grande foule nous attendait. On suspendit la Cour jusqu’à 2 heures pour prendre notre affaire en considération. Le juge Galt devant lequel elle fut exposée, la remit au lendemain à 1 h p.m.

De la Cour on nous mena à la maison de police. Après certaines formalités on nous renvoya à nos logis respectifs, mais sous la garde d’un homme de police, et ce pour comparaître de nouveau le lendemain, à 1 h p.m.

Jeudi, le 14, on nous conduisit de nouveau devant le Juge qui déclara que le magistrat de Toronto n’ayant pas juridiction sur nous, nous devions être mis en liberté. Aussitôt, dans la Cour même, on me présenta un autre warrant d’arrestation signé par le magistrat d’Ottawa, M. [aucun nom].

Arrêtés par ce Monsieur, M. Scott et moi nous fûmes conduits à la maison où après avoir attendu jusque sur les 9 h du soir et après mille difficultés nous fûmes confiés à des hommes de police qui nous conduisirent chacun à notre demeure pour nous garder jusqu’au lendemain à 9 h a.m. Nos avocats le Rd M. O’Connor et d’autres Messieurs de la ville prirent tous les moyens pour obtenir de faire remettre notre affaire jusqu’au lundi : ce qu’ils ne purent obtenir que par 24 heures à la fois.

Le 18, lundi, à 9 h a.m., nous fumes conduits de nouveau à la Cour. Notre affaire fut remise à 1 h p.m., à 1 h p.m. elle fut remise au lendemain à 1 h p.m. Mardi, le 19, elle fut remise au 20 à 9 h a.m., puis à 1 h p.m.

Après l’exposé le Juge Galt répondit que s’étant élevé une question de droit la Cour n’avait rien à faire dans cette cause. L’affaire fut renvoyée devant le magistrat de police, pour paraître à 3 h p.m. Remise au lendemain. Jeudi, à 3 heures devant le magistrat O’Gara. Instructions, admis à caution et remis au samedi, à 3 heures, le 23. Le 19 M. Dunkin était venu me faire visite; il se montra très aimable.

Le 20, voyant que les affaires continuaient dans le même état je crus devoir en appeler au Gouverneur Général par l’adresse ci‑dessous inscrite.

Le 22, visite de Sir Georges et invitation à une entrevue semi officielle avec Sir Macdonald et Sir Georges. Le 23, samedi à 11 heures, audience chez Sir Georges Cartier. [Étaient] présents Sir John Macdonald et Sir Georges Cartier d’une part, M. Black et M. Ritchot, ptre, d’autre part.

Toute la conférence s’est à peu près réduite à faire des questions ou demandes sur la position des deux parties. On ne demanda pas nos instructions. On nous reçut avec beaucoup de politesse.

On nous donna à entendre que l’on nous accorderait un bon gouvernement.

À 3 heures, nos amis, au nombre desquels étaient le Docteur Beaubien, le Docteur Paquette, les Révérends M. O’Connor, Docteur en T., M. Talon, curé de Sem : Oconor, avocat, vinrent me chercher à l’Évêché pour m’accompagner à la maison de police, où devaient comparaître les témoins annoncés le jeudi précédent. Le magistrat O’Gara siégeait. L’avocat du demandeur annonça qu’il retirait sa poursuite, n’ayant pas de preuves contre nous. Le magistrat déclara donc que nous étions libres.

En sortant nous trouvâmes à la porte une foule de Canadiens-Français et un grand nombre d’Irlandais, un très grand nombre de membres des chambres et des principaux citoyens de la ville. Tous nous félicitèrent, se réjouirent et voulurent faire des démonstrations. Je les priai et même les suppliai de ne faire aucune démonstration quelconque, qu’en le faisant ils me feraient de la peine. Ils se rendirent à mes désirs et m’accompagnèrent à l’Évêché.